| OPHÉLIE
(Arthur Rimbaud, June 1870) |
OPHELIA |
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I Sur l'onde calme et noire où dorment les étoiles La blanche Ophélia flotte comme un grand lys, Flotte très lentement, couchée en ses longs voiles . . . On entend dans les bois lointains des hallalis. Voici plus de mille ans que la triste Ophélie Passe, fantôme blanc, sur le long fleuve noir. Voici plus de mille ans que sa douce folie Murmure sa romance à la brise du soir. Le vent baise ses seins et déploie en corolle Ses grands voiles bercés mollement par les eaux; Les saules frissonnants pleurent sur son épaule, Sur son grand front rêveur s'inclinent les roseaux. Les nénuphars froissés soupirent autour d'elle; Elle éveille parfois, dans un aune qui dort, Quelque nid, d'où s'échappe un petit frisson d'aile; Un chant mystérieux tombe des astres d'or. II Ô pâle Ophélia! belle comme la neige! Oui, tu mourus, enfant, par un fleuve emporté! C'est que les vents tombant des grands monts de Norwège T'avaient parlé tout bas de l'âpre liberté; C'est qu'un souffle, tordant ta grande chevelure, À ton esprit rêveur portait d'étranges bruits; Que ton cœur écoutait le chant de la Nature Dans les plaintes de l'arbre et les soupirs des nuits; C'est que la voix des mers folles, immense râle, Brisait ton sein d'enfant, trop humain et trop doux; C'est qu'un matin d'avril, un beau cavalier pâle, Un pauvre fou, s'assit muet à tes genoux! Ciel! Amour! Liberté! Quel rêve, ô pauvre Folle! Tu te fondais à lui comme une neige au feu; Tes grandes visions étranglaient ta parole Et l'Infini terrible effara ton œil bleu! III Et le Poëte dit qu'aux rayons des étoiles Tu viens chercher, la nuit, les fleurs que tu cueillis, Et qu'il a vu sur l'eau, couchée en ses long voiles, La blanche Ophélia flotter, comme un grand lys. |
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I Where stars sleep on the calm, black water, pale Ophelia, like a giant lily, floats, Floats very slowly, spread on her long veil . . . The horn, in deep woods, sounds its final notes. Some thousand years have passed, and drearisome Ophelia, white ghost, threads the long, black stream. Some thousand years her mild delirium Has sighed to evening's breeze its tender theme. Winds kiss her breasts and splay her veils to make A flaring wreath, rocked gently by the flow; Above her shoulder, willows weep and shake, And bowed reeds arch the wide, rapt brow below. Crimped lily pads sigh there; there alders rest; But sometimes, when she wakes a sleeping tree, A little stir of wings escapes some nest. Gold stars let fall their eerie melody. II O pale Ophelia! Beautiful as snow! You died, child, taken by the rivertrue. Down Norway's towering mountains such winds blow As whispered that fierce liberty to you; The breath of wind that twisted your great mane Bore those strange rumblings to your dreaming mind; Your heart heard Nature singing its refrain Whenever night sighed or the arbor whined; Your child's heart, too naïve, too mild, gave way, Dashed by a vast groan, voice of the mad seas; And that pale, handsome prince one April day Sat speechless, a poor madman, at your knees! Heaven! Love! Freedom! You poor, crazed, dreaming thing! Dissolved by him as snow by fire, your plea Throttled by all your grand imagining, Your blue eye stunned by dread Infinity! III And Poets say that nights you search the pale Starlight for flowers you plucked oncethat they spy On the stream, sometimes, spread on her long veil, Ophelia, like a lily floating by. |
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| "Ophelia" originally appeared in The Formalist 14, no. 2 (2003): 89. | ||